Gorille de montagne : comportement social et conservation en Afrique
Découvrez la biologie, le comportement social et l'état de conservation du gorille de montagne, une sous-espèce qui est passée d'un statut « en danger critique » à des signes réels de rétablissement.

Le gorille de montagne (Gorilla beringei beringei) est l’un des primates les plus étudiés de la planète et aussi l’une des rares histoires de conservation qui se termine sur une note raisonnablement positive. Il vit dans une poignée de forêts de nuages d’Afrique centrale, entre 2 200 et 4 300 mètres d’altitude, sur un territoire partagé par trois pays. Sa population, bien que encore petite, a augmenté de manière soutenue au cours des deux dernières décennies.
Il s’agit d’une sous-espèce du gorille oriental, et non du gorille occidental que l’on voit souvent dans les zoos. Et si elle suscite aujourd’hui l’intérêt, c’est pour une raison précise : les recensements coordonnés par la Greater Virunga Transboundary Collaboration ont confirmé en 2018 plus de 1 000 individus vivants, un jalon qui a conduit l’UICN à la reclasser de « En danger critique » à « En danger ».
Classification et caractéristiques physiques
Le gorille de montagne appartient à la famille des Hominidae, la même que les chimpanzés, les orangs-outans et les humains. Son nom scientifique complet, Gorilla beringei beringei, le distingue de son plus proche parent, le gorille de Grauer (Gorilla beringei graueri), qui habite les basses terres du Congo.
Ses traits physiques sont facilement reconnaissables :
- Poids : 140 à 220 kg pour les mâles adultes ; 70 à 100 kg pour les femelles.
- Taille debout : 1,50 à 1,80 m.
- Pelage : noir, long et dense, adapté au froid des hautes altitudes.
- Longévité : 35 à 40 ans à l’état sauvage ; jusqu’à 50 ans en captivité.
Les mâles adultes développent un pelage argenté sur le dos à partir de 12-13 ans. D’où le terme dos argenté (silverback), qui définit à la fois l’âge et le rôle social de l’individu.
Habitat du gorille de montagne
Il n’existe que deux populations isolées. La première vit dans le massif des Virunga, une chaîne volcanique partagée par le Rwanda, l’Ouganda et la République démocratique du Congo. La seconde se trouve dans le Parc national de la forêt impénétrable de Bwindi, en Ouganda.
L’écosystème est une forêt montagnarde humide aux températures fraîches (7 à 20 °C) et aux pluies abondantes. La végétation dense — bambou, orties géantes, céleri sauvage, chardons — sert à la fois de garde-manger et de refuge. Dans le Parc national des Virunga, le plus ancien d’Afrique (1925), vit une part importante de la population totale.
Les frontières politiques compliquent la conservation : un même groupe peut passer du Rwanda à la RDC en quelques heures.
Alimentation et comportement social
Le gorille de montagne est un folivore herbivore. Un mâle adulte consomme entre 18 et 30 kg de végétation par jour : feuilles, tiges, pousses de bambou, fleurs et, occasionnellement, des fourmis ou des larves. Il ne boit pas d’eau directement ; il l’obtient à partir des plantes succulentes.
Il vit en groupes stables de 5 à 30 individus dirigés par un dos argenté dominant. Ce mâle décide des itinéraires d’alimentation, arbitre les conflits et défend le groupe. La structure type comprend plusieurs femelles adultes, leurs petits et quelques jeunes mâles (dos noirs).
Le comportement social est riche :
- Toilettage mutuel pour renforcer les liens.
- Tambourinage sur la poitrine comme démonstration territoriale, et non comme attaque.
- Jeu prolongé chez les petits, jusqu’à 6 ans.
- Nouveaux nids chaque nuit, construits avec des branches et des feuilles.
Les femelles atteignent la maturité sexuelle vers 8 ans et ont un petit tous les 4 ans en moyenne. La gestation dure environ 8,5 mois.
État de conservation
L’UICN classe le gorille de montagne comme En danger (EN) depuis 2018, après des années en « En danger critique ». Le dernier recensement (2018) a estimé 1 063 individus, répartis entre les Virunga (604) et Bwindi (459). C’est la seule sous-espèce de grand singe dont la population est en augmentation.
Il est inscrit à l’Annexe I de la CITES, qui interdit tout commerce international.
Les menaces actives sont concrètes :
- Perte d’habitat due à l’expansion agricole.
- Braconnage, souvent accessoire (pièges destinés aux antilopes).
- Maladies zoonotiques transmises par les humains (respiratoires, Ebola).
- Conflit armé dans l’est de la RDC, qui touche directement les Virunga.
Les programmes de conservation combinent surveillance armée, médecine vétérinaire de terrain (Gorilla Doctors), tourisme réglementé à coût élevé et travail avec les communautés locales. Le Dian Fossey Gorilla Fund, fondé après l’assassinat de la primatologue en 1985, assure le suivi quotidien de plusieurs groupes au Rwanda depuis plus de 50 ans.
Anecdotes vérifiables
- Ils partagent avec nous près de 98 % de leur ADN, selon des analyses génomiques publiées dans Nature (Scally et al., 2012).
- Dian Fossey a documenté leur comportement pendant 18 ans à Karisoke ; son travail a changé la perception mondiale de l’espèce.
- Le tourisme des gorilles génère des revenus essentiels : un permis au Rwanda coûte 1 500 USD par personne et par heure de visite.
- Chaque gorille possède un motif unique de rides nasales, utilisé par les chercheurs pour identifier les individus.
Questions fréquentes
Combien de gorilles de montagne reste-t-il dans le monde ? Environ 1 063 individus selon le recensement de 2018 coordonné par la Greater Virunga Transboundary Collaboration. C’est le chiffre officiel le plus récent.
Où peut-on voir des gorilles de montagne ? Dans trois parcs : Volcans (Rwanda), Bwindi et Mgahinga (Ouganda) et Virunga (RDC). Toujours avec un guide agréé et un permis préalable.
Sont-ils agressifs envers les humains ? Pas habituellement. Les démonstrations du dos argenté sont intimidantes mais finissent rarement en attaque si les distances sont respectées (7 mètres minimum).
Peut-on les garder en captivité ? Il n’existe aucun gorille de montagne dans un zoo au monde. Toutes les tentatives historiques ont échoué et c’est aujourd’hui interdit par la CITES.
Pourquoi son état de conservation s’est-il amélioré ? Grâce à des décennies de surveillance continue, de médecine vétérinaire de terrain, de tourisme réglementé et de participation des communautés locales aux bénéfices économiques.



