Rhinocéros blanc : la survie difficile du géant de la savane
Découvrez l'histoire du rhinocéros blanc (Ceratotherium simum), ses deux sous-espèces et les projets qui tentent de sauver celle du nord de l'extinction fonctionnelle.

Le rhinocéros blanc (Ceratotherium simum) est le deuxième mammifère terrestre le plus lourd de la planète, derrière l’éléphant d’Afrique. Un adulte peut peser jusqu’à 2,3 tonnes et mesurer jusqu’à 1,8 mètre au garrot. Malgré sa taille, son histoire récente est celle d’un animal qui a failli disparaître deux fois : une première fois à la fin du XIXe siècle, et une seconde fois en ce moment même, en plein XXIe siècle.
Son nom prête à confusion. Il n’est pas blanc. L’hypothèse la plus admise est que « white » provient d’une mauvaise traduction de l’afrikaans wyd (« large »), en référence à sa lèvre supérieure carrée, adaptée au broutage. Ce détail anatomique le distingue à première vue du rhinocéros noir (Diceros bicornis), qui possède une lèvre préhensile pour brouter les feuilles.
Identification : un géant à deux cornes
Le rhinocéros blanc porte deux cornes en kératine sur le museau. La corne antérieure mesure généralement entre 60 et 150 cm ; la postérieure est plus courte. Sa peau gris tirant sur le brun est dépourvue de poils, sauf sur les oreilles et la queue. Les mâles adultes pèsent 1 800 à 2 500 kg, les femelles 1 400 à 1 700 kg. À l’état sauvage, ils vivent 35 à 40 ans ; en captivité, ils peuvent dépasser 45 ans.
Habitat et répartition en Afrique
Il habite les savanes ouvertes et les prairies du sud et du centre-est de l’Afrique, à proximité de points d’eau et de zones boueuses où se rouler. Son aire de répartition historique couvrait une grande partie du continent, mais elle se concentre aujourd’hui en Afrique du Sud, en Namibie, au Kenya, au Zimbabwe et en Ouganda. La sous-espèce du nord, en revanche, a disparu de la nature : ses derniers individus sauvages se trouvaient entre le Soudan du Sud, la République centrafricaine, l’Ouganda et la RD du Congo.
Alimentation : un pur brouteur d’herbe
C’est un herbivore strict de type brouteur (grazer). Sa lèvre large fonctionne comme une faucheuse : elle rase les herbes courtes au ras du sol. Un adulte consomme 50 à 70 kg de végétation par jour et doit boire tous les un ou deux jours si de l’eau est disponible. Il se nourrit généralement à l’aube et au crépuscule, et se repose aux heures les plus chaudes.
Comportement social et reproduction
Les femelles et leurs petits forment de petits groupes appelés « crashes », pouvant compter jusqu’à une douzaine d’individus. Les mâles adultes sont plus territoriaux et solitaires, et marquent leur domaine avec des monticules de crottes. La gestation dure 16 mois, l’une des plus longues chez les mammifères, et donne naissance à un seul petit qui reste avec sa mère pendant 2 à 3 ans. Les femelles atteignent la maturité sexuelle vers 6-7 ans, les mâles vers 10-12 ans.
Les deux sous-espèces : nord et sud
Il existe deux sous-espèces reconnues, aux destins radicalement opposés.
Rhinocéros blanc du sud (C. s. simum)
À la fin du XIXe siècle, on le croyait éteint. En 1895, une population résiduelle de moins de 100 individus a été découverte dans la réserve de Hluhluwe-iMfolozi, en Afrique du Sud. Grâce à des décennies de gestion, elle dépasse aujourd’hui 15 000 à 17 000 individus selon le dernier recensement de l’African Rhino Specialist Group (2023). Il est classé Quasi menacé (NT) par l’UICN. C’est le grand succès de la conservation du rhinocéros.
Rhinocéros blanc du nord (C. s. cottoni)
Sa situation est critique. Il est fonctionnellement éteint : il ne reste que deux femelles vivantes, une mère et sa fille, appelées Najin et Fatu, dans la réserve d’Ol Pejeta (Kenya). Le dernier mâle, Sudan, est mort en 2018. L’UICN le classe en En danger critique (CR), probablement éteint à l’état sauvage.
Menaces : le braconnage avant tout
La principale menace est le braconnage, alimenté par le marché illégal de la corne, notamment au Vietnam et en Chine, où on lui attribue à tort des vertus médicinales. Rien qu’en Afrique du Sud, 499 rhinocéros ont été tués en 2023, selon le ministère de l’Environnement du pays. À cela s’ajoutent la perte d’habitat, les conflits armés dans l’aire historique de la sous-espèce du nord et la faible diversité génétique de celle du sud, descendante de ces 100 survivants.
Le commerce international est interdit : l’espèce figure à l’Annexe I de la CITES, à l’exception des populations d’Afrique du Sud et d’Eswatini, inscrites à l’Annexe II avec des quotas restreints.
Conservation et reproduction assistée : le projet BioRescue
Le consortium BioRescue, dirigé par l’Institut Leibniz de recherche sur les zoos et la faune sauvage (Allemagne), avec Kenya Wildlife Service, Ol Pejeta Conservancy et Avantea (Italie), travaille depuis 2019 à sauver la sous-espèce du nord. Ils ont obtenu plus de 30 embryons viables par fécondation in vitro à partir d’ovocytes de Fatu et de sperme cryoconservé de mâles décédés. L’objectif est de les implanter chez des femelles de rhinocéros blanc du sud, qui servraient de mères porteuses.
Parallèlement, le WWF, Save the Rhino International et les autorités sud-africaines mènent des programmes de translocation, de surveillance anti-braconnage et de dehornage préventif (retrait de la corne sous anesthésie pour dissuader le braconnage).
Anecdotes vérifiables
- Sa corne n’est pas un os : c’est de la kératine compactée, la même protéine que celle de tes ongles.
- Il peut courir à 50 km/h malgré son poids.
- Il partage avec des oiseaux comme le pique-bœuf (Buphagus africanus) une relation mutualiste : ces oiseaux le débarrassent de ses parasites et l’avertissent du danger.
- Sudan, le dernier mâle du nord, a eu un profil sur Tinder en 2017 dans le cadre d’une campagne de collecte de fonds pour BioRescue.
FAQ
Combien reste-t-il de rhinocéros blancs dans le monde ? Environ 15 000 à 17 000 de la sous-espèce du sud, et seulement 2 femelles de celle du nord (données UICN/African Rhino Specialist Group, 2023).
Pourquoi l’appelle-t-on « blanc » alors qu’il est gris ? À cause d’une probable mauvaise traduction de l’afrikaans wyd (« large »), en référence à sa lèvre, et non à sa couleur.
Le rhinocéros blanc du nord pourra-t-il être sauvé ? Le projet BioRescue a obtenu des embryons viables par FIV, mais l’implantation chez des mères porteuses du sud n’a pas encore donné de petits. C’est une course contre l’horloge biologique de Najin et Fatu.
Est-il légal de posséder une corne de rhinocéros ? Non. C’est interdit par la CITES (Annexe I) ainsi que par la législation de l’UE et de l’Espagne. La posséder ou en faire commerce constitue un délit.



